Recul de l’Etat et modification des systèmes qui doivent organiser la collectivité loin des émotions. On s’accommode d’un recours expéditif à la « justice populaire ». Et quand des responsables de la Police appellent la population à s’organiser en groupes d’autodéfense et qu’une société tolère le lynchage quand elle ne l’encourage pas, l’on ne peut alors que difficilement s’offusquer, ensuite, devant les exactions supposées des forces de l’ordre…
Recul d’un Etat qui ne sait plus réguler les tensions que peut engendrer la perversion [au sens premier du terme : altération négative] de l’économie classique par l’économie informelle. L’une suppose, même lorsqu’elle se qualifie de « libérale », des règles, voire des dogmes, un cadre réglementaire. L’autre échappe à tout contrôle. Ainsi, par exemple, les vendeurs « à la sauvette » ne paient aucune patente, ne déclarent rien, ne s’acquittent d’aucune taxe quand ils écoulent de la marchandise volée ou… de contrebande.
Un recul de l’Etat également marqué par la privatisation de la justice qui suit la privatisation de la sécurité, avec l’émergence d’un nouveau et florissant marché, celui des sociétés de gardiennage. Les citoyens ont fini par accepter que la Gendarmerie et la Police soient des institutions sous-équipées, en sous-effectifs, mal formées, incapables de répondre à leurs attentes et parfois même sources de danger. Ayant constaté le désintérêt de l’Etat, ils ont généré alors leurs propres réponses face à l’insécurité réelle et ressentie. Tout particulièrement dans les quartiers pauvres, marqués par une double spécificité : une forte présence de la violence quotidienne et des modes de régulation souvent spécifiques de l’insécurité.
Un recul de l’Etat quand le territoire hors la loi s’étend de plus en plus. S’amusant avec les frontières qu’elle enjambe allègrement comme les « coupeurs » qui commettent des forfaits ici pour ensuite se réfugier ailleurs, à l’abri de toutes poursuites, la coopération judiciaire étant inexistante dans la sous-région… Contradiction entre contrôle des flux migratoires – ériger des barrières pour protéger une patrie citadellisée voire paranoïaque – et faciliter les activités économiques, les échanges, pour des circulations libres en vue d’intégration[s] à l’ombre des labels, CEMAC et/ou CEEAC, qui suggèrent la construction de réseaux d’intérêts et d’identités. Territoires interconnectés. N’djamena se dédouble sur Kousseri…


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