La société camerounaise s’enlise depuis des décennies dans une fascination morbide et stérile : le culte du diplôme. On brandit des titres, on parpine des parchemins comme des amulettes magiques, oubliant cette vérité élémentaire que l’histoire inflige aux impostures : la valeur d’une élite ne se mesure pas à l’aube de ses diplômes, mais à l’aulne des résultats tangibles qu’elle livre à sa communauté.

Oui, le Cameroun fut le phare intellectuel de l’Afrique francophone jusqu’à l’orbe des années 1980, porté par des géants de la trempe des frères Mélone, Ngango, Tchuidjang ou Marcien Towa. Ce temps n’est plus. Aujourd’hui, nos « professionnels du savoir » offrent un spectacle désolant, affichant des performances socio-économiques qui trahissent une faillite généralisée. Il y a tout à reconstruire, à commencer par nos grilles de lecture.

Pour juger de la pertinence de nos élites, cessons de nous contempler dans le miroir brisé de notre autosatisfusion. Comparons-nous à nos pairs africains ou, plus cruellement encore, à nos parents au village. Avec de la méthode, de l’organisation et de la rigueur, notre potentiel est immense. Pourtant, le bilan de nos docteurs, professeurs, ministres et directeurs généraux relève du naufrage systémique : incapables de concevoir et d’implémenter des politiques publiques robustes, les gestionnaires de l’État échouent à garantir l’essentiel…  eau potable, électricité, infrastructures routières, maîtrise de la vie chère et assainissement des finances publiques.

Nos temples du savoir sont absents du top 3000 mondial. Quatre décennies d’un népotisme fabricant des « élites par décret » ont institutionnalisé la médiocrité. L’université ne produit plus des esprits créatifs, mais une armée de perroquets récurrents, incapables d’extraire de leur environnement un savoir endogène pour résoudre les urgences de notre temps.

Rejeter le culte du diplôme ne signifie point verser dans un populisme poujadiste ou un anti-intellectualisme de pacotille. Le progrès est l’enfant légitime de la science et de la technologie appliquées à l’économie. C’est cette valeur prométhéenne du savoir que nous devons réhabiliter, loin du verbiage creux.

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